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Tourisme, outil de revitalisation économique ???

Publié le par Sophie Valdès

Le tourisme en Cévennes : Outil de revitalisation économique ?

Le potentiel des cantons gardois cévenols en matière touristique est très important. A cela plusieurs facteurs, la richesse du patrimoine naturel, la proximité du parc national des Cévennes (malgré la stagnation de sa fréquentation ces dernières années), la proximité des pôles urbains de Nîmes et Montpellier qui drainent un flux majeur en matière touristique et sont aussi des foyers émetteurs conséquents, la proximité relative de la zone littorale dont l’attractivité et la fréquentation touristique rejaillit sur toute la région en haute saison a aussi un rôle considérable dans le développement touristique de nos cantons. L’image cévenole est forte, très ancrée, les camisards, l’oeuvre de Stevenson ont contribué à forger cette image.

De par la variété du patrimoine naturel et les sites spectaculaires (cirque de Navacelles, le Mont Aigoual, les gorges de la Vis…) les cantons cévenols se tournent vers un tourisme « rural ». Cette forme de tourisme a ceci de particulier que l’environnement et la richesse naturelle est au coeur même des critères de choix des touristes. Ainsi, si l’on souhaite pérenniser ce tourisme, il convient d’y appliquer les principes fondamentaux du développement durable.

Car le tourisme n’est pas spontanément durable, il faut une analyse précise de la notion pour fonder une démarche volontariste et efficace dans ce domaine. Concertation et implication de la population locale, maîtrise du foncier et rénovation du patrimoine bâti, entretien des chemins ruraux, sont tout autant de missions à prioriser.

Le tourisme ne peut être fait sans la population locale ou contre son avis, la localisation touristique n’est pas prédeterminée, elle laisse une part volontariste aux acteurs locaux. Ceux ci veillent donc à conserver l’équilibre entre tourisme et invasion.

Le tourisme rural peut contribuer, s’il est convenablement maîtrisé et géré il faut vraiment insister là dessus, à la revitalisation économique. Mais, car il y a un MAIS, le tourisme est un élément constitutif de la vie économique locale au même titre que l’agriculture, l’industrie, l’artisanat, le commerce… Il est essentiel de ne pas lui attribuer des vertus miraculeuses, revitaliser une économie locale ne peut et ne doit se limiter à une politique de développement touristique. Le tourisme ne peut être pérenne sans tissus économique et social dynamique, sans quoi cela reviendrait à envisager un tourisme organisé dans un décor de théâtre où la population locale serait une troupe d’acteurs.

Or, le tourisme se nourrit de la vie locale, du pitoresque, de l’authentique, des identités, et l’inverse est aussi vrai !

Développer le tourisme à tout va,  représente à fortiori en Languedoc Roussillon, une tentation contre laquelle il est essentiel de lutter. Non seulement le tourisme n’est en rien une solution économique miraculeuse, mais il peut aussi mettre à mal la vie locale… de par la saisonnalité (précarité des emplois), de par la fréquentation qu’il engendre dans des lieux souvent fragiles (dommages environnementaux et nuisances pour les populations locales), de par les investissements en amont qu’il nécessite.

L’Opération Grand Site du Cirque de Navacelles et le projet du Belvédère de Blandas en ce sens ne me parait pas être un projet soutenable.

L’Opération Grand Site initiée par la DATAR en 1970, visait à préserver l’environnement des sites touristiques et permettre d’optimiser les retombées économiques au niveau local. Afin d’y vois plus clair, penchons nous un instant sur l’exemple du Pont du Gard, labellisé lui aussi opération grand site. Muséographie, chemins goudronnés, betonnage, aire d’accueil colossale, animations et parkings gigantesques sont rattachés au lieu, en fait de préservation de patrimoine naturel l’opération grand site s’avère ici être plutôt synonyme de développement touristique et…. goufre financier !

En effet, les retombées économiques au niveau local se font plus qu’attendre, car non seulement les débuts furent très difficiles mais les prévisionnels n’ont jamais été atteints (20% du nombre de visiteurs prévus). La faute certainement à une mauvaise gestion, tout d’abord confiée à la CCI, puis à un EPCC (établissement public de coopération culturelle), la politique tarifaire mit du temps à être fixée (changea 3 fois en 2 ans) au lancement du site, la communication à l’ouverture manqua d’envergure…

Ainsi, la Cours des comptes pointa du doigt les incohérences et surtout le déficit énorme de 50% soit 3 millions d’€ !!!

Ce déficit étant à charge du Gard et du Languedoc Roussillon, plusieurs questions se posent donc :

Quid du « Gard durable » dont on nous vante tant les mérites?

Comment cela se fait il, après un tel fiasco au pont du Gard, que le projet du belvédère de Blandas ne soit pas plus sujet à controverse ? En effet, le Pont du Gard inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO jouit d’une belle renommée et draine 1 400 000 visiteurs par an. Alors, comment le cirque de Navacelles qui accueille 200 000 visiteurs par an, qui est nettement moins renommé que le Pont du Gard, réussirait là où d’autres ont failli ?

Malgré les remarques de Mr Miss, adjoint au maire du Vigan lors de notre réunion publique le 5 mars dernier, le projet du Belvédère de Blandas n’est pas nécessaire et vital au tourisme et à la préservation du site du Cirque de Navacelles. Le belvédère de Blandas n’est envisagé qu’à des fins économiques, ne tenant compte ni de la saisonnalité et de ce fait de la précarité des emplois qui y seront crées, dans le discours de Mr Miss qui tentait de nous convaincre, il ne fut jamais fait référence à la préservation nécessaire du site, ni à la précarité engendrée par la saisonnalité… il ne fut fait référence qu’au besoin de structure d’hébergement et d’accueil… un argumentaire bien court !

Sophie Valdès (militante Europe écologie/les Verts, candidate aux élections cantonales du Vigan)

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