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Le nationalisme hindou au pouvoir

Publié le par road-movie

Le nationalisme hindou au pouvoir

Témoin d'un défilé para-militaire de plusieurs centaines de personnes dans une petite ville de montagne du nord de l'Inde, je me suis penché sur l'idéologie de "l'organisation patriotique nationale" ou RSS.

L'actuel premier ministre indien Narendra Modi est un ancien militant du RSS. Son parti le BJP est considéré comme la façade politiquement correcte du RSS.

Le Rashtriya Swayamsevak Sangh ou RSS, en français « Organisation volontaire nationale » ou « Organisation patriotique nationale », est un groupe nationaliste hindou de droite et paramilitaire.

Le RSS a été fondé en 1925 comme un groupé éducatif destiné à forger l'unité de la communauté hindoue, à lutter contre le colonialisme britannique et à supprimer le séparatisme musulman. Le RSS s'inspire notamment des groupes d'extrême droite européens. Ces membres participent alors à des mouvements politiques et sociaux, y compris pour l'Indépendance de l'Inde et il devient l'une des organisations nationalistes hindoues les plus puissantes.

Le RSS a été interdit plusieurs fois par les autorités coloniales britannique et encore trois fois par le gouvernement indien après l'Indépendance : en 1948 après que Nathuram Godse, ancien membre du RSS, a assassiné le Mahatma Gandhi *, pendant l'état d'urgence de 1975 à 1978 et après la démolition de la Babri Masjid en 1992 **.

L'Hindutva - hindouïté ou indianité, l'expression a été inventée par Vinayak Damodar Savarkar - est un concept politique qui sous-tend l'action de différentes formations politiques et culturelles indiennes. C'est un terme pseudo-sanskrit. Depuis les succès politiques du Bharatiya Janata Party (BJP) - le Parti du peuple indien - fondé en 1980, en Inde du Nord et qui a été porté au pouvoir, l'hindutva a pris une certaine importance dans la société indienne, selon une optique de protection du patrimoine indien, face aux « idéologies » venues de l'étranger, comme l'islam, le christianisme, le capitalisme et le communisme.

Parmi les organisations qui se réfèrent à l'Hindutva et qui se regroupent au sein du Sangh Parivar - la famille Sangh - on trouve le Rashtriya Swayamsevak Sangh ou RSS, l'association nationale des volontaires, l'organisation-mère, le Bharatiya Janata Party, la façade politique, le Vishwa Hindu Parishad ou VHP, le conseil hindou mondial, le front des formations activistes, le Shiv Sena, l'armée de Shivâjî, une organisation d'extrême-droite principalement présente dans le Maharashtra, le VHP of America, l'antenne d'outre-mer de l'Hindutva, et le Hindu Students Councils, la branche américaine étudiante du VHP.

L'Hindutva affirme la fierté d'être hindou, une fierté qui a été bafouée, d'après eux depuis le début des invasions musulmanes en Inde et qui n'a cessé de l'être durant l'Empire moghol puis le Raj britannique (voir Subhash Chandra Bose ***). Elle s'intéresse à tous les domaines de la société, avec la tentation de réécrire l'histoire du sous-continent au filtre de son idéologie.

Le credo de l'Hindutva

Les membres des partis qui suivent cette idéologie estiment que :

  • Le sous-continent indien, incluant le versant sud de l'Himalaya et l'Hindū-Kūsh, le Pakistan, l'Inde, le Bangladesh et le Sri Lanka, y compris parfois l'Afghanistan, est la patrie des hindous.

  • Sont considérés comme « hindous » ceux dont la religion est indigène à l'Inde. Ceci inclut les bouddhistes, les jaïns et les sikhs aussi bien que ceux communément appelés hindous.

  • Les « hindous » ont été, au cours de l'histoire, opprimés sur leur propre terre par les forces d'invasion des musulmans et des chrétiens.

  • Les « hindous » sont devenus faibles sous l'influence du colonialisme britannique et de la pensée marxiste.

  • Un État « hindou » doit être instauré pour protéger les « hindous » sur leur propre territoire.

L'Hindutva a toujours été profondément anti-communiste, anti-marxiste, décrivant les communistes comme des gens qui nient ou manipulent la vérité. Certains considèrent que l'Hindutva est anti-musulman et anti-chrétien.

Les membres de l'Hindutva soutiennent l'État juif d'Israël, Vinayak Damodar Savarkar ****lui-même ayant défendu Israël durant sa formation. Le RSS soutient la politique israélienne et se déclare ouvertement pro-Israël.

Au niveau officiel, les penseurs de l'Hindutva préconisent de favoriser une « citoyenneté hindoue », qu'ils considèrent comme permettant l'« unité dans la diversité », par rapport à qu'ils conçoivent comme un communautarisme musulman et chrétien : les Indiens chrétiens et musulmans sont invités à adhérer à l'Hindutva (au BJP, RSS, VHP, etc.), en principe sans discrimination ni traitement spécial (et sans abandonner leur religion), l'« hindouïté » n'étant pas la religion hindoue au sens strict, mais l'acceptation et le respect de la culture indienne originelle sous toutes ses formes

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(*) Le 30 janvier 1948, en chemin vers une réunion de prière, Gandhi est abattu par balles près de Birla House, à New Delhi, par Nathuram Vinayak Godse, un hindou nationaliste membre du RSS et qui a des liens avec le groupe fascisant Hindu Mahasabha. Godse tenait Gandhi pour responsable de la partition de l'Inde et par là de son affaiblissement. L'interdiction du RSS entraîna une stratégie de diffusion par la création de nombreuses organisations satellites.

(**) La mosquée de Babri ou mosquée de Babur était une mosquée située à Ayodhya (district de Faizabad, Uttar Pradesh) en Inde. Son site est l'objet d'un litige (et de nombreuses émeutes) entre hindous et musulmans, chaque communauté le revendiquant comme lieu de dévotion. L'arrivée au pouvoir du BJP et son discours nationaliste et hindouiste ne fait qu'envenimer la situation et promet de nouveaux heurts sous peu...

(***) Subhash Chandra Bose, né le 23 janvier 1897 et vraisemblablement mort le 18 août 1945, est l’un des principaux dirigeants indépendantistes indiens à l'époque de la colonisation britannique. Il estimait que la tactique de non-violence de Gandhi serait insuffisante pour obtenir l’indépendance de l’Inde et prônait la résistance armée. Surnommé Netaji (chef respecté), il s'est allié à l'Allemagne nazie et à l'Empire du Japon contre l'Empire britannique durant la Seconde Guerre mondiale.

(****) Vinayak Damodar Savarkar : « Dans le conflit des idéologies, les Hindous ont eu des positions parfaitement claires. Nous haïssons le Nazisme et le Fascisme. Nous sommes les ennemis de Hitler et Mussolini. Nous luttons fortement pour notre propre émancipation et nous voulons repousser chaque dictateur qui voudrait essayer de réduire une partie de l'humanité à l'esclavage pour servir les caprices de sa propre mégalomanie. (...) Tout anti-impérialiste doit être un anti-fasciste. »

Il a étudié en Inde et en Angleterre et a soutenu l'idée d'une révolution par les armes pour obtenir l'indépendance de l'Inde. Il a publié The Indian War of Independence, un texte à propos du soulèvement indien de 1857. Ce texte est interdit par l'Angleterre, alors la puissance coloniale dominant l'Inde. En 1910, il est arrêté à cause de ses relations avec le groupe révolutionnaire India House. Il est condamné à 50 années de prison et enfermé dans la prison des îles Andaman.

En prison il développe sa théorie du nationalisme hindou : l'Hindutva. En 1921 il est remis en liberté à la condition de cesser toute activité révolutionnaire. Il continue néanmoins à défendre l'idée d'une Inde dominée par les Hindous, il voyage et tient des conférences à ce sujet. En 1923, il écrit son essai Essentials of Hindutva. Il a été président du Hindu Mahasabha et une critique véhémente du congrès national indien, en particulier à cause de son acceptation de la partition des Indes. Des critiques à son encontre ont considéré que sa conduite est à l'origine de plusieurs attentats ayant eu lieu sur Mohandas Karamchand Gandhi. Il fut arrêté à cause de cela, mais libéré peu après en raison de l'absence de preuves. Il passe les dernières années de sa vie à travailler sur son concept de l'Hindutva.

Le nationalisme hindou au pouvoir

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