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Chasse : en finir avec les balles perdues

Publié le par road-movie

Chasse : en finir avec les balles perdues
« Savez-vous que de 2004 à 2012 la chasse a occasionné la mort de 193 victimes, soit près de 2,8 fois plus que le nombre de militaires français tombés au combat en Afghanistan pendant la même période ? » Jacques Painot, président de l'association Cessez le feu, ne cherche pas, dit-il, « à établir de comparaisons douteuses ». Il veut attirer l'attention pour que les pouvoirs publics encadrent « sérieusement l'usage des armes ».

Bizarrement, les accidents de chasse ne font jamais la une de la presse écrite ou des médias audiovisuels. Pourtant, certaines statistiques devraient nous interpeller. L'insécurité n'est pas qu'une affaire de banlieues et de quartiers sensibles. Elle existe aussi au cœur de nos campagnes et de nos villages ! Savez-vous que de 2004 à 2012 la chasse a occasionné la mort de 193 victimes, soit près de 2,8 fois plus que le nombre de militaires français - 70 - tombés au combat en Afghanistan pendant la même période ? Par ce rapprochement, nous ne cherchons pas à établir de comparaisons douteuses mais à attirer l'attention sur la dangerosité de ce qui, pour beaucoup, est considéré comme un loisir, mais un loisir auquel on peut aujourd'hui se livrer avec des armes comparables à des armes de guerre.

Prenons l'exemple de la chasse au gros gibier. Au cours de la dernière saison de chasse, 599 749 sangliers et 544 960 chevreuils ont été abattus. On tire ces gibiers avec des balles, en utilisant aujourd'hui des armes dont la portée peut varier de 1 500 à 5 000 m. Un tel tableau suppose que, chaque année, plusieurs millions de balles sont tirées. Cette chasse se pratique non seulement au cœur des forêts mais également près de nos villages et de nos villes, près des chemins et des routes. Promeneur, ramasseur de champignons, amateur pacifique de la nature ou automobiliste, chacun peut être concerné par la probabilité, un jour ou l'autre, de « croiser » la trajectoire d'une balle qui aurait raté sa cible ou ricoché sur un obstacle. Il ne s'agit pas là d'élucubrations fantaisistes mais de simples constats. Donnons quelques exemples recueillis récemment :

- le 9 janvier 2011, en Côte-d'Or, un automobiliste roulant sur l'autoroute A31 meurt au volant d'une balle en pleine tête ;
- le 20 novembre 2011, en Lozère, un ramasseur de champignons est tué par un chasseur de sangliers ;
- le 22 janvier 2012, en Seine-Maritime, un enfant de 12 ans qui, avec son père, circulait en quad sur un chemin, est tué par balle à la suite de l'imprudence d'un chasseur qui manipulait son arme ;
- le 27 janvier 2013, dans l'Oise, un automobiliste roulant sur la D932 est tué d'une balle dans la tête par un chasseur de sangliers ;
- le 20 novembre 2013, à Lisle-sur-Tarn (Tarn), un homme qui nettoyait sa barque sur les rives du fleuve, près de la ville, est tué par le tir d'un chasseur ;
- le 30 novembre 2013, dans les Alpes-Maritimes, c'est un apiculteur amateur qui, près de ses ruches, subit le même sort.

D'autres ont eu plus de chance, comme cet automobiliste qui, le 31 octobre 2013, circulait route de Genève, à Thonon-les-Bains. La balle qui a traversé son véhicule ne l'a que légèrement blessé à la tête. Par ailleurs, on ne compte plus les balles ayant fini leur course dans une maison d'habitation : dans le salon, dans une chambre... en des lieux où l'on doit pouvoir vivre en toute quiétude.

Si la majorité des victimes de la chasse sont des chasseurs eux-mêmes, 10 % d'entre elles sont des non-chasseurs, et l'on pourrait multiplier les exemples terribles énumérés plus haut. Comment lutter contre ces drames ? Quelles sont les responsabilités des pouvoirs publics ?

Tout d'abord il incombe au pouvoir politique de recouvrer le sens de l'intérêt général et d'encadrer sérieusement l'usage des armes. A ce jour, c'est sur une simple circulaire datant de 1982 que repose, en grande partie, notre sécurité. Ce texte la délègue en fait au porteur d'arme et à son appréciation : si celui-ci estime que les habitations ou les voies de circulation sont hors de portée de son arme, il peut faire feu ! Que se passe-t-il s'il se trompe ou si son projectile subit une modification de trajectoire ? Notre association, Cessez le feu, qui n'est pas antichasse, ne prend pas position pour ou contre les différents types de chasse et de chasseurs. Nous souhaitons simplement alerter les pouvoirs publics sur l'insuffisance du cadre légal de cette pratique dont la sécurité vis-à-vis des tiers repose sur cette circulaire inconséquente, insuffisante. Il faut l'abroger et établir, autour des lieux de vie et des voies de circulation, des périmètres de sécurité adaptés à la portée maximale des armes utilisées ; il faut qu'au niveau de chaque commune soient clairement identifiées les zones interdites à l'usage d'armes. Ces lacunes de la réglementation sont connues et ont fait l'objet, depuis 1984, de nombreuses questions à l'Assemblée nationale et au Sénat. Mais il est également bien connu que le lobby prochasse est très influent parmi nos élus et auprès d'eux...

Source : Marianne.net

Photos : A. Pizio

Les panneaux routiers systématiquement visés par des chasseurs sur le causse de Campestre (canton d'Alzon)Les panneaux routiers systématiquement visés par des chasseurs sur le causse de Campestre (canton d'Alzon)

Les panneaux routiers systématiquement visés par des chasseurs sur le causse de Campestre (canton d'Alzon)

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